Reine
Cheffe décoratrice – Reine – Réalisatrice : Jeanne Grollier
En janvier 2026, j’ai travaillé en tant que cheffe décoratrice sur le court-métrage Reine, réalisé dans le cadre du Nikon Festival 2026, autour du thème de la beauté. Le film aborde la question de la beauté à travers le corps. La beauté qui provient de nous-même, de notre je le plus profond. Cette unicité qui nous rend beau.
Ce projet s’est révélé particulièrement complexe en raison de contraintes importantes de budget, de temps et de conditions météorologiques. Ayant intégré l’équipe seulement dix jours avant le tournage, il a fallu penser vite et efficacement. J’ai immédiatement été inspirée par l’univers du projet et son potentiel esthétique.
Après plusieurs réflexions, j’ai pensé qu’une ruine en pleine nature comme décor principal serait parfait. L’idée était de créer une composition de tissus dialoguant à la fois avec l’organique du paysage et le minéral de la pierre. Le tissu devenait alors un élément central de mise en scène : il redonnait du prestige à la ruine, apportait de la couleur et renforçait symboliquement le pouvoir de la reine. Cette solution permettait également d’évoquer la royauté et la grandeur sans tomber dans des codes trop littéraux ou artificiels, incompatibles avec un budget restreint (un trône, par exemple, aurait rapidement semblé factice dans ce contexte).
Après avoir trouvé une ruine dominante sur toute une vallée, la réalité météorologique nous a rattrapés : de fortes chutes de neige étaient prévues le week-end du tournage, rendant les conditions impraticables pour les équipes comme pour le matériel. Une semaine avant le tournage, il a donc fallu repenser entièrement le projet.
Face à l’urgence, j’ai proposé de tourner dans un théâtre afin de créer une « boîte noire », un espace hors du temps et du lieu, sans contexte spatial ou temporel défini. Un espace neutre que nous pouvions modeler rapidement pour construire un univers cohérent. Nous avons ainsi trouvé un théâtre que j’ai entièrement occulté afin de créer un véritable espace noir, dans lequel nous avons ajouté de la fumée pour faire disparaître les frontières et les limites de l’espace.
J’ai ensuite conçu une composition de tissus à l’arrière de la reine, pensée comme un dispositif scénographique symbolique : un signe de supériorité, de pouvoir et de verticalité, lui permettant de se détacher visuellement dans cet espace noir et d’affirmer sa présence dans un univers volontairement dépouillé.







